Saviez-vous que le squelette d’un lapin ne pèse que 7 à 8 % de son corps (contre 12-13 %
chez un chat) ? Une légèreté qui lui permet des bonds spectaculaires… mais le rend
vulnérable comme un château de cartes ! Entre fractures en un saut, maladies
silencieuses et mystères métaboliques, plongez dans l’univers méconnu des os de nos
amis à grandes oreilles.
Introduction
Comme les chiens et les chats, les lapins sont des vertébrés : ils possèdent un squelette osseux. Leur anatomie et leur physiologie osseuse ont souvent été étudiées afin d’être utilisés comme modèle dans la médecine humaine. Ces connaissances sont aujourd’hui très utiles au développement de la médecine des Nouveaux Animaux de Compagnie (NAC), permettant d’affiner la prise en charge des affections osseuses.
Nous vous proposons dans cet article de découvrir les particularités des os des lapins, ainsi que les affections les plus courantes les concernant que nous rencontrons chez RefNAC
Tout d’abord, qu’est-ce qu’un os ?
Un os est un organe composé principalement de tissu conjonctif osseux. Ce tissu est principalement constitué d’une matrice osseuse, qui est un matériel extra-cellulaire composé de fibres de collagène et de substance fondamentale dans laquelle se déposent des sels minéraux, principalement du carbonate de calcium et du phosphate de calcium.
Au sein de ce tissu, plusieurs types de cellules sont présents : les ostéoblastes, qui produisent les fibres de collagène et la substance fondamentale ; Les ostéocytes, dérivants des ostéoblastes, qui assurent la nutrition du tissu osseux et le renouvellement de sa matrice osseuse ; Et enfin les ostéoclastes, qui interviennent dans la résorption de la matrice osseuse.
Cette structure de base – qui s’organise en lamelles – est commune à tous les tissus osseux de l’organisme, mais son agencement varie au sein et entre les différents types d’os : ainsi, chez l’adulte, le tissu osseux peut être compact ou spongieux. Le tissu osseux compact est composé de nombreuses lamelles collées les unes aux autres et ne comporte que très peu de cavités de faible volume, dans lesquelles sont présents des vaisseaux sanguins et des nerfs ; Le tissu osseux spongieux est composé de lamelles moins nombreuses mais organisées en travées, ce qui forme des cavités volumineuses au sein du tissu contenant des vaisseaux sanguins et de la moelle osseuse hématopoïétique.
Toutes les cavités internes de l’os sont tapissées d’une mince couche de tissu conjonctif cellulaire appelé endoste. La face externe de l’os, quant à elle, est recouverte par le périoste, composé d’un couche externe fibreuse et d’une couche interne cellulaire.
Quels sont les différents types d’os ?
Les os peuvent être classés en trois catégories :
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- Les os courts : (exemples : vertèbres, os du carpe, os du tarse…) ils sont composé d’os spongieux entouré d’une mince couche d’os compact appelée corticale ;
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- Les os plats : (exemples : côtes, scapula, os du crâne, sternum…) ils sont formés de deux lames d’os compact (corticales) entourant une couche d’épaisseur moyenne d’os spongieux appelée diploë ;
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- Les os longs : (exemples : fémur, tibia, humérus…) ils sont formés de trois structures :
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- Les épiphyses, situées aux deux extrémités de l’os, sont constituées d’os spongieux ;
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- La diaphyse, située en région centrale de l’os, est un cylindre d’os compact ou os cortical entourant une cavité centrale appelée cavité médullaire, contenant de la moelle osseuse jaune (adipeuse) ;
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- Les métaphyses, situées entre les épiphyses et la diaphyse, sont constituées d’os spongieux. Pendant la croissance, elles contiennent une mince couche de cartilage à leur jonction avec les épiphyses, appelées plaques de croissance, au niveau desquelles s’effectue la croissance en longueur de l’os.
Quels sont les rôles des os ?
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- Rôle mécanique : Leur matrice osseuse rend les os particulièrement rigides et solides. Dès lors, le squelette (ensembles des os de l’organisme) se comporte comme la charpente du corps, chargé de l’architecture, du soutien mais également de la protection des organes : par exemple, le crâne protège l’encéphale et les côtes protègent les organes thoraciques.
Les os sont aussi les points d’attache des muscles, auxquels ils sont liés grâce aux tendons.
Enfin, les os sont reliés entre eux par les articulations, grâce à la capsule articulaire et aux ligaments. Le cartilage articulaire est présent à la surface des épiphyses osseuses, au niveau des zones de contact entre les os. La capsule articulaire se place dans la continuité du périoste, qui ne recouvre pas les surfaces articulaires cartilagineuses.
Le triptyque os / muscles / articulation permet ainsi le mouvement et la mobilité du corps.
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- Rôle hématopoïétique : Au sein du tissu osseux spongieux, la moelle osseuse hématopoïétique – aussi appelée moelle rouge, en opposition à la moelle jaune adipeuse – est le lieu de production des cellules sanguines (globules rouges, globules blancs, plaquettes).
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- Rôle métabolique : La matrice osseuse renferme 99% du calcium et 85% du phosphore de l’organisme. Sa capacité à capter, stocker et libérer ces minéraux dans la circulation sanguine lui confère un rôle important dans la régulation du rapport phospho-calcique sanguin. Ainsi, en fonction des variations du taux de calcium sanguin (calcémie), différentes hormones entrent en jeu (seules les actions de ces hormones sur les os seront décrites) :
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- La parathormone, sécrétée par les glandes parathyroïdes lors d’hypocalcémie, stimule la libération de calcium par le tissu osseux, permettant ainsi l’augmentation de la calcémie sanguine. Elle stimule également la transformation de la vitamine D en sa forme active ;
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- La vitamine D, est synthétisée au niveau de la peau sous l’action des rayons UVb ou apportée par l’alimentation, puis métabolisée en une forme active – le calcitriol – par le foie puis les reins. Le calcitriol stimule la libération de calcium par le tissu osseux, permettant ainsi l’augmentation de la calcémie sanguine ;
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- La calcitonine, sécrétée par les glandes thyroïdes lors d’hypercalcémie, stimule le stockage de calcium par le tissu osseux, permettant ainsi la diminution de la calcémie sanguine.
Quelles sont les particularités des os du lapin ?
Chez le lapin, le squelette ne représente que 7 à 8 % du poids total du corps. À taille égale, il représente 12 à 13 % du poids corporel chez le chat ! Le squelette des lapins est donc relativement léger, grâce à des os plus fins, et des corticales plus fines que chez les carnivores, à poids équivalent. Il est donc relativement fragile.
Les muscles, quant à eux, sont très développés, représentant 50% du poids total du corps. En particulier les muscles des pattes arrière et du dos, qui représentent respectivement 13% et 9% de la masse musculaire totale. À taille égale, les muscles du dos sont nettement plus développés chez le lapin que chez le chien ou le cheval. Quant aux muscles des pattes arrière, ils sont plus massifs dans la région des membres proche du dos.
Si dans la nature, cette musculature permet une fuite rapide face à un prédateur grâce à une propulsion puissante du corps par les pattes arrière, elle peut être responsable de traumas vertébraux lorsque les lapins sont manipulés sans contention adaptée. En effet, lors de ruade, la masse musculaire peut, en appliquant une force importante et brutale sur les vertèbres lombaires, provoquer une fracture ou une luxation de ces dernières. Il est donc important de toujours bien maintenir le bassin des lapins lorsqu’ils sont portés.
Quelles sont les affections des os des lapins couramment rencontrées en pratique vétérinaire ? Quelle sont les particularités de leur prise en charge ?
Nous pouvons classer les atteintes osseuses en six catégories :
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- Affections congénitales : les malformations osseuses congénitales sont décrites chez le lapin, elles touchent principalement la colonne vertébrale. Un étude rétrospective publiée en 2018 a mis en évidence une malformation vertébrale congénitale chez 15,2% des lapins engagés dans l’étude.
Le plus souvent, il s’agissait d’une vertèbre modifiée, appelée vertèbre transitionnelle. Celle-ci était le plus souvent localisée dans la région thoraco-lombaire de la colonne vertébrale. Chez certains individus, cette vertèbre modifiée provoquait des défauts d’alignement vertébraux (Cyphose : déviation dorsale de la colonne vertébrale ; Lordose : déviation ventrale de la colonne ; Scoliose : déviation latérale de la colonne), qui peuvent compromettre la santé et le fonctionnement de la moelle épinière.
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- Affections métaboliques : la maladie métabolique osseuse est décrite chez le lapin. Elle est provoquée par l’augmentation de la sécrétion de parathormone par la glande parathyroïde (hyperparathyroïdie). Cette hyperparathyroïdie peut être :
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- Primaire, lors de tumeur de la glande parathyroïdienne ;
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- Secondaire d’origine nutritionnelle, lors de carence en calcium ou en vitamine D qui provoque une hypocalcémie ;
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- Secondaire d’origine rénale, lors d’insuffisance rénale chronique, qui empêche la métabolisation correcte de la vitamine D en calcitriol, ce qui provoque une hypocalcémie.
L’hyperparathyroïdie, à cause de l’action décalcifiante de la parathormone sur les os, provoque de l’ostéoporose (diminution de la masse osseuse) et de l’ostéomalacie (diminution du rapport os minéralisé sur matrice osseuse). Elle favorise l’apparition de fractures et de malocclusion dentaire.
La prévention de cette affection passe par l’apport d’une alimentation de qualité, l’exposition régulière à la lumière du soleil directe, et des contrôles réguliers de la fonction rénale chez les lapins âgés.
Attention, sauf cas particulier et avec un suivi vétérinaire approprié, il n’est pas recommandé de complémenter les lapins en calcium ou en vitamine D.
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- Affections infectieuses : l’ostéomyélite est une atteinte infectieuse de l’os. Principalement d’origine bactérienne, elle peut également être causée par des mycobactéries ou des champignons. On peut l’observer par exemple au niveau des os de la mâchoire lors d’abcès dentaire, au niveau de l’os de la bulle tympanique lors d’otite moyenne de grade IV ou encore au niveau des os du tarse ou du carpe lors de pododermatite de grade V.
Elle provoque une inflammation, la production de pus, une ostéolyse (destruction du tissu osseux) et des symptômes tels qu’un gonflement autour de l’os atteint, une douleur intense localisée et de la fièvre.
Le diagnostic s’effectue grâce à l’imagerie médicale (radiographie, IRM), complété par un prélèvement sur le site de l’infection pour identifier le ou les agent(s) infectieux responsable(s) et leur éventuelle sensibilité aux différents antibiotiques.
Le traitement implique un traitement antibiotique de longue durée associé à un débridement chirurgical de la zone infectée, particulièrement importante chez le lapin, car le pus est caséeux dans cette espèce.

Photo : IRM de bulle tympanique saine / IRM de bulle tympanique touchée par une ostéomyélite liée à une otite moyenne de grade IV (Source : Richardson J., Longo M., Liuti T., Eatwell K. : Computed tomographic grading of middle ear disease in domestic rabbits (Oryctolagus cuniculi), Veterinary Record, 184 : 679-679, 2019)

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- Affections tumorales : les tumeurs osseuses sont décrites chez les lapins, la plus fréquente étant l’ostéosarcome. Une étude rétrospective de 2023 a recensé des cas d’ostéosarcome chez des lapins âgés de 18 mois à 9 ans (moyenne d’âge = 5,25 ans), plus souvent chez des lapins mâles (7 cas sur 10). Il ne semble pas y avoir de prédisposition de race. Cependant, trop peu de cas sont recensés dans la littérature scientifique pour tirer des conclusions statistiques fiables sur l’épidémiologie de cette tumeur.
L’ostéosarcome touche aussi bien le squelette axial (os de la tête, rachis, côtes…) que le squelette appendiculaire (os des membres…), mais a également été décrit dans des localisations en dehors du squelette. En fonction de sa localisation, il provoque divers symptômes comme une boiterie ou un gonflement en regard de l’os atteint, souvent associés à de la douleur. Il est parfois responsable de l’augmentation d’un paramètre biochimique (PAL).
Tumeur maligne, l’ostéosarcome est fréquemment associé à des métastases (60% des cas rapportés), pratiquement systématiquement dans les poumons.
Le diagnostic s’effectue le plus souvent à l’aide de l’imagerie médicale (radiographie, IRM), avant d’être confirmé par cytologie ou histologie.
La prise en charge conseillée est, lorsque c’est possible, une exérèse chirurgicale de la tumeur. Mais même lors d’une exérèse totale, le pronostic vital à long terme est très réservé étant donné le caractère malin de la tumeur et le risque de métastases.
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- Affections traumatiques :
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- Fractures : une fracture est la rupture de la continuité d’un os. Chez les lapins, les fractures d’origine traumatique sont principalement observées sur les os longs (fémur, tibia, radius, ulna…) et sur certains os courts (calcanéus, vertèbres lombaires…). Il existe également des fractures pathologiques, faisant suite à une fragilisation de la structure osseuse, par exemple à cause d’une atteinte infectieuse ou une infiltration tumorale de l’os.
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- Affections traumatiques :
Les fractures traumatiques des os des membres provoquent des boiteries d’apparition brutale, une déformation plus ou moins marquée du membre et une douleur aigue. Lors de fracture ouverte, les abouts osseux sont exposés au milieu extérieur au niveau d’une plaie. En conséquence, la prise en charge d’une fracture ouverte doit être la plus rapide possible pour limiter les risques de contamination et le développement d’une infection. Les fractures traumatiques des vertèbres, quant à elles, provoquent des symptômes nerveux : parésie ou paralysie, des quatre membres ou seulement des membres postérieurs en fonction de la localisation de la fracture. Le pronostic de récupération dépend de la sévérité de l’atteinte nerveuse, qui reflète la capacité de la moelle épinière à transmettre l’information nerveuse au-delà de la fracture.
Le diagnostic est souvent établi dès l’examen clinique, néanmoins, l’imagerie médicale reste indispensable pour caractériser la fracture.
La prise en charge d’une fracture au niveau d’un membre consiste à stabiliser cette fracture, c’est à dire rapprocher le plus possible les abouts osseux entre eux, rectifier l’alignement osseux et immobiliser la fracture. Lors de facture fermée pas ou très peu déplacée, une attelle, un plâtre ou un pansement peuvent être mis en place. Dans les autres cas, une stabilisation optimale est permise par la réduction chirurgicale, appelée ostéosynthèse. La nature et l’anatomie des os du lapin rendent l’utilisation de plaques et vis osseuses risquée ; Dans la pratique, la pose de broches est plus répandue. Les techniques les plus courantes sont la pose de fixateurs externes, ou l’association d’un enclouage centromédullaire et de fixateurs externe, montage nommé tie-in.
Une facture correctement stabilisée avec des soins post-opératoires appropriés guérit généralement en 6 à 8 semaines.
A ce jour, aucune technique chirurgicale de stabilisation de fracture vertébrale n’a été utilisée avec succès chez les lapins de compagnie.
Photo : radio de fracture du tibia gauche stabilisée avec un tie-in (Source : RefNAC)
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- Luxations : une luxation est la perte de contact entre deux surfaces articulaires. Chez le lapin, elles peuvent par exemple être observées au niveau de l’articulation coxo-fémorale, l’articulation tibio-tarsienne, les vertèbres lombaires ou encore l’articulation temporo-mandibulaire.
Lors d’occurrence au niveau des membres, elles causent généralement une boiterie d’apparition brutale ainsi qu’un gonflement et une légère déformation de la zone conservée. Les symptômes de la luxation vertébrale sont sensiblement identiques à ceux de la fracture vertébrale.
Le diagnostic s’effectue à l’aide de l’imagerie médicale.
Si la réduction manuelle de la luxation n’est pas possible, la prise en charge est généralement chirurgicale.
Comme pour les fractures vertébrales, aucune technique chirurgicale de réduction de luxation vertébrale n’a été utilisée avec succès chez les lapins de compagnie.

Photos : radio de luxation de la tête fémorale droite / radio de luxation tibio-tarsienne gauche (Source : RefNAC)
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- Affections dégénératives : l’arthrose, affection dégénérative de l’articulation, peut provoquer l’apparition d’ostéophytes (prolifération localisée du tissu osseux à la surface d’un os). Chez le lapin, ils sont le plus souvent observés sur la face ventrale des vertèbres et forment des structures qu’on appelle communément « becs de perroquet ».
Mis en évidence par radiographie, ils provoquent de l’inconfort voire des douleurs lors des déplacement et de la contention. Un traitement de soutien peut aider à améliorer le confort de vie du patient, mais aucun traitement curatif n’a été décrit à ce jour.
Le squelette des lapins, taillé pour permettre une fuite rapide face à un prédateur dans la nature, impose des précautions dans la manipulation de ses animaux ainsi que dans la prise en charge des affections médicales, du fait de sa fragilité. Une alimentation et un cadre de vie adaptés, ainsi qu’un suivi médical régulier tout au long de la vie de l’animal sont indispensables pour assurer une bonne santé des os, vos vétérinaires consultants NAC sont à votre écoute.
Dr vétérinaire Perrine Sabatier, pour RefNAC
Sources :
Stans J. : An Overview of Recent Osteosarcoma cases in Rabbits (Oryctolagus cuniculus). Egyptian Journal of Rabbit Science, 33 : 35-42, 2023
Cours d’histologie de l’École Nationale Vétérinaire de Nantes Oniris, 2013-2014
Harcourt-Brown F.M., Chitty J. : BSAVA Manual of Rabbit Surgery, Dentistry and Imaging, 2014
Quesenberry K.E., Orcutt C.J., Mans C., Carpenter J.W. : Ferrets, Rabbits, and Rodents Clinical Medicine and Surgery (Fourth Edition), 2020
Miwa Y., Calvo Carrasco D. : Exotic Mammal Orthopedics, The Veterinary Clinics of North America : Exotic Animal Practice vol. 22, n°2 : 175‑210, 2019
Tessier E. : Pathologie nutritionnelle du lapin de compagnie, le Point Vétérinaire, Vol 46 : 360, 2015
P. Proks, L. Stehlik, I. Nyvltova, A. Necas, M. Vignoli, V. Jekl : Vertebral formula and congenital abnormalities of the vertebral column in rabbits, The Veterinary Journal, 236 : 80-80, 2018